Choir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

( je chois ; je chus ; je ai ou (vieilli) je cherrai ; je ais ou (vieilli) je cherrais ; qu'il chût ; chu ). X e siècle. Du latin cadere, « tomber ».
1. Litt. Tomber. Prenez garde de . Il est chu (vieilli) ou il a chu de très haut. Se laisser dans un fauteuil.
2. Fig. et fam. Laisser , abandonner quelqu'un ou quelque chose, s'en désintéresser. Elle l'a laissé . Laisser une affaire, un projet.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

(Il ne se dit plus qu'à l'infinitif.) Être porté de haut en bas par son propre poids ou par impulsion. "Prenez garde de . Se laisser . On lui donna un coup qui le fit ." On dit plutôt TOMBER.



Dictionnaire d'Emile Littré



V. n. Tomber.
MALH.: « Le Pô.... dans sa caverne profonde, S'apprête à voir en son onde Choir un autre Phaéthon »
MALH.: « Fais en sacrifice au-dessus de la France Les fronts trop élevés de ces âmes d'enfer »
CORN.: « Tout va en ma main, ou tomber dans la vôtre »
CORN.: « Et pour te faire je n'aurais aujourd'hui Qu'à retirer la main qui seule est ton appui »
CORN.: « Vous laissez ainsi ce glorieux courage »
CORN.: « Et ma tête en tombant ferait sa couronne »
CORN.: « Combien en trompe un tel espoir [d'une longue vie], Et combien en laisse-t-il Dans le plus beau de leur carrière ? »
TH. CORN.: « Mais plus dans un haut rang la faveur vous a mis, Plus la crainte de vous doit rendre soumis »
RÉGNIER: « Pour nous saluer laissant son chapeau »
LA FONT.: « Un jeune enfant dans l'eau se laissa En badinant sur les bords de la Seine »
MOL.: « Je l'ai laissé »
MOL.: « Nous l'avons, en dormant, madame, échappé belle ; Un monde près de nous a passé tout du long, Est chu tout au travers de notre tourbillon »
VOLT.: « Ainsi qu'on voit, sous cent mains diligentes, Choir les épis des moissons jaunissantes »
P. L. COUR.: « J'ai très bien pu, par distraction, faire sur le bouquin la bouteille à l'encre »
BOSSUET: « Cet insolent chut du ciel en terre »

REMARQUE
    Prenez garde de , façon de parler bourgeoise, dit de Caillières, 1690 ; ce qui montre que, bien qu'alors les meilleurs écrivains, Corneille, Molière, La Fontaine, usassent du mot , les puristes l'écartaient comme vulgaire.
    La forme du futur je cherrai, due à la prononciation normande de la diphthongue oi, est une des traces de la confusion des prononciations dialectiques qui s'est faite.

SYNONYME
    CHOIR, TOMBER. Des auteurs de synonymes ont dit que désignait particulièrement un choc, un coup, une impulsion qui fait perdre l'équilibre, renverse et porte de haut en bas, tandis que tomber marque une chute d'un lieu très élevé. Distinction illusoire ; ces deux mots, venus l'un du latin, l'autre des idiomes germaniques, expriment exactement la même idée, comme on le voit dans le vers de Corneille cité plus haut : Tout va en ma main ou tomber en la vôtre ; et dans cet exemple de Chapelle et Bachaumont : Toute la nuit donques il plut, Et tant d'eau cette nuit il chut, Que.... La seule différence c'est que vieillit, tandis que tomber est en plein usage. Si l'on ne dit pas que la pluie ou la foudre choit, cela tient uniquement à la désuétude qui frappe le verbe ; et la preuve que rien d'intrinsèque n'empêche de le dire, c'est que nos pères le disaient.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XXV: Quant [il] le dut prendre, si lui caït à terre
     ib. XLII: Charles verrat son grant orguil cadeir
     ib. LX: Que il [l'arc] me chedet [tombe, au subjonctif], com fist à Guenelon
     ib. CLXIII: Faut lui li cuer, si [il] est chaeit avant
     ib. CCLXIII: Charles chancele, pour po [peu] qu'il n'est caüt
     ib. CXLVI: De bons vassals confondue et chaiete [déchue]
    XIIème siècle
     Ronc. p. 17: Quant [il] le dut prendre [le gant], as piez li qiet devant
     ib. p. 41: Pluie n'i chiet, ni erbe n'i vergie [verdoie]
     ib. p. 60: [Il] empoint le bien, si le fait jus chaïr
     ib. p. 68: Et cheent foudre et menu et souvent
     ib. p. 69: En grant dolor en est France cheüe
     ib. p. 80: Selles tournées et les resnes chaües
     ib. p. 94: Je charrai jà, se vous ne me tenez
     Th. le mart. 38: Car le rei sun seigneur il a mult avillié, E vers lui en charra en grant enemistié
     ib. 83: Hum vus deit bien mustrer que ne faciez tel fait, Dunt saint iglise chiece en plus dolereus plait
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Et li quens ot esté cheüs »
VILLEH.: « Dont li chaïrent aus piés tout en plorant »
VILLEH.: « Et nous commenderent [les barons] que nous vous cheissiens as piés »
VILLEH.: « Dont fu jus boutés li empereres Marchufles, et chaï de si haut que, quant il vint à terre, il fu tout esmiés »
     Berte, XXXIII: Quant de si haute honor [je] sui cheüe en la boe
     ib. XLII: Et li vens est cheüs, et li tems s'asseüre
     ib. LXIII: Chascuns redoutoit mout en leur mains à cheïr
     Ren. 13570: S'or ne set moult Renart de frape, Il est chaoit en male trape
     la Rose, 3365: Or sui cheois, ce m'est avis, De grant enfer en paradis
     ib. 803: Riens ne puet tant homme grever, Comme cheoir en povreté
     ib. 5397: Qui bien vesquit tant que li dent Li fussent cheoit par viellesce
     ib. 4965: Et fortune la mescheans, Quant sus les hommes est cheans
     ib. 1798: Se ge veïsse ilec plovoir Quarriaus et pierres pelle-melle, Ainsinc espés comme chiet grelle
BEAUMANOIR: « Quant aucuns caoit en poverté »
BEAUMANOIR: « Si tost que la terre a sa derraine roie por semer blé, ele quiet en deffense, par nostre coustume »
BEAUMANOIR: « Il n'en perderoient pas le cors, mais il querroient en la merci du segneur de lor avoir »
BEAUMANOIR: « Ou quant eles [les maisons] caoient, se on ne les voloit refere »
BEAUMANOIR: « Et s'il ne le veut porsivir, il en quiet en autele amende comme cil seroit qu'il avoit fet ajorner »
JOINV.: « Et sembloit que foudre cheist des ciex »
JOINV.: « Et ce qui chiet du bois sec ou [au] flum, nous vendent les marcheans en ce païs »
     Fabliaux, édit. JUBINAL, 311: De peu de pluie chiet grant vent
    XIVème siècle
ORESME: « Et celles qui sont involuntaires, il y chiet pardon et aucunes fois misericorde »
ORESME: « Celui qui est beneuré n'en cherra pas en telles fortunes comme en chaït le roy Priant »
ORESME: « Quant ses enfans cherroient en misere, il perdroit sa felicité »
    XVème siècle
FROISS.: « Ils estoient perdus davantage et chus es mains de leurs ennemis »
FROISS.: « Messire Jean Delle leur chey en la main, et tantost l'aviserent »
COMM.: « Et sont en chemin que ce trou ne leur fauldra de grant piece ou au moins la craincte d'y cheoir »
CHASTELAIN: « Comment les Croyois [la famille de Croy] cheurent sur leurs pieds du viel temps, G »
    XVIème siècle
CALV.: « Le premier homme est cheut, pource que Dieu avoit jugé cela estre expedient »
CALV.: « Afin qu'ils ne cheussent point en telles offenses »
CALV.: « Si un aveugle mene l'autre, tous deux cheent en la fosse »
MAROT: « Encor posé le cas que l'eusse faict, Au pis aller n'y cherroit qu'une amende »
MONT.: « Les murailles cheurent d'elles mesmes par faveur divine »
MONT.: « Duquel coup estant cheute de son long esvanouïe »
LA NOUE: « Perdition certes qui estoit à deplorer de tant d'ames qui estoyent cheutes en si horribles precipices »
D'AUB.: « La herce estant cheute sur un gros homme bien armé.... »
AMYOT: « Le plus grand des elephans, par cas d'adventure, estoit cheut de travers tout au beau milieu de la porte »
AMYOT: « Les renes luy cheurent des mains »
PARÉ: « Quand quelqu'un chet du haut en bas d'une breche »

ÉTYMOLOGIE
    Saintonge, chère, , chet, chu, tombé ; Berry, cheir, prononcé cher ; picard, tcher, kère, keu, keute, tombé, tombée ; norm. quaire ; bourg. choi, et aussi chezai ; ital. cadere. L'ancien français cheoir, en deux syllabes, vient de cadere (avec un e long), 2e conjugaison, au lieu de la vraie conjugaison latine cadere (avec un e bref), avec l'accent sur cá, qui, si elle eût donné un mot français, aurait produit chedre, et à laquelle l'italien cadere est fidèle.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE CHOIR. - REM. Ajoutez :
    2.
D'ARGENSON: « On trouve chet au lieu de choit : Mme de Mazarin chet en pauvreté »
    3. L'exemple où Bossuet a employé le prétérit chut est ainsi conçu :
BOSSUET: « Cet insolent [le démon], qui avait osé attenter sur le trône de son créateur, frappé d'un coup de foudre, chut du ciel en terre, plein de rage et de désespoir »


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


(Il ne se dit guère qu'à l'infinitif, et au participe "Chu.") Tomber, être porté de haut en bas par son propre poids, ou par impulsion. "Prenez garde de . Se laisser . On lui donna un coup qui le fit ."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


Il ne se dit guère qu'à l'infinitif, et au participe "Chu." Tomber, être porté de haut en bas par son propre poids, ou par impulsion. "Prenez garde de . Se laisser . On lui donna un coup qui le fit ".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


Il ne se dit guère qu'à l'infinitif, & au participe "Chu." Tomber, être porté de haut en bas par son propre poids, ou par impulsion. "Prenez garde de . Se laisser . On lui donna un coup qui le fit ."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 


- On écrivait aûtrefois "cheoir".
   "Rem." 1°. Presque tous les Gramairiens n'admettent que l'infinitif de ce verbe. M. "de Wailly", d'après l'"Acad.", ajoute le participe: il "s'est laissé ", il "est chu". Ces expressions sont du style familier.
   Ils "sont chus dans" la rivière:
   Ah! qu'ils sont bien là!
* Quelques-uns disent "chut"; il "est chut", et au fém. "chute". Celui-ci ne s'est conservé que dans "chape-chute". V. ce mot, au mot CHAPE.
   2°. "La Touche" dit, que les bons Auteurs ne se servent plus de ce verbe qu'au figuré. L'"Acad.", qui ne le désaprouvait point d'abord, a dit ensuite qu'il vieillissait. Dans la dern. édit. elle le met sans remarque. = "Segrais" ne l'aprouvait que dans le sens figuré, comme en cet endroit de "Malherbe":
   Fait " en sacrifice" au démon de la France.
Mais "Ménage" dit, qu'il ne ferait pas dificulté de l'employer dans le propre, à l'infinitif, comme a fait le même Poète, en cet aûtre endroit:
   Et le Po, tombe certaine...
   S'aprète à voir, "en" son onde,
   "Choir" un autre Phaéton.
   Il résulte de toutes ces remarques, que "choir", au "propre", est plus des vers que de la prôse, et plus du style familier et badin, que du style sérieux et élevé; et que dans le "figuré", il n'est guère bon qu'en Poésie.




Emplacement dans le dictionnaire :

chloruré
choanes
choanoïde
choc
choche-pierre
chocolat
chocolatier
choeur
choine

chois
choisi
choisir
choisissable
choix
cholagogue
cholédoque
choléra
cholériforme
cholerique
cholérique




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Remy de GOURMONT (Esthétique de la langue française : la déformation, la métaphore, le cliché, le vers libre, le vers )

...; il y en a bien d'autres, et on les constaterait surtout dans le langage des enfants. J'ai entendu : buver, cuiser, romper, pleuver, mouler, chuter pour boire, cuire, rompre, pleuvoir, moudre, choir. aujourd'hui, il est impossible de créer un verbe français qui ne se conjuge sur aimer. on a abandonné depuis longtemps tistre pour tisser, semondre pour semoncer ; imbiber remplace imboire, qui...


Citation n°2 de Paul ADAM (L'Enfant d'Austerlitz)

...soleil, la main de la bonne, mieux occupée là haut, s'amollissait, le suivait, fléchissante. Chasseur, il asséna le coup. Ailes claquantes, flaques jaillies aux yeux, essor éperdu ; l'enfant sentit choir son propre poids, giflé par l'eau, éclaboussé. Ses bras plongèrent. Un cri et une fureur l'en tirèrent. Debout, secoué, ruisselant, il craignit tous les hasards. La douleur grandit vite en lui,...


Citation n°3 de Paul ADAM (L'Enfant d'Austerlitz)

...il ne se peut soutenir ; ses genoux fléchissent ; sa main oublie la faucille qui tout à l'heure abattait le froment, au son d'un couplet joyeux ; ses nobles traits s'altèrent ; il s'est déjà laissé choir à demi contre la gerbe coupée, et le plus atroce désespoir se peint sur toute sa personne. Au fond du tableau, on reconnaît la chaumière qui va paraître blafarde comme un fantôme. Un pommier,...


Citation n°4 de Émile VERHAEREN (La Multiple splendeur)

...villages, qui n'aimes que les champs et leurs humbles chemins et qui jettes la semence d'une ample main d'abord en l'air, droit devant toi, vers la lumière, pour qu'elle en vive un peu, avant de choir en terre ; et vous aussi, marins qui partez sur la mer avec un simple chant, la nuit, sous les étoiles, quand se gonflent, aux vents atlantiques, les voiles et que vibrent les mâts et les cordages...


Citation n°5 de Georges RODENBACH (Le Règne du silence)

...des cloches, l'eau déserte est tout inoccupée et s'en va sous les ponts, silencieusement, pleurant sa peine et son immobile tourment, se plaindre de la vie éparse qui l'afflige ! Et la lune a beau choir comme une fleur sans tige dans le courant, elle a l'air d'être morte, et rien ne fait plus frissonner au souffle aérien ce pâle tournesol de lumière figée. Eau dédaigneuse ! Soeur de mon âme...


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